Conte du 31 décembre

C’était la dernière journée de l’année et il s’était donné l’objectif de terminer l’année en beauté en allant courir une dizaine de kilomètres. Quoi qu’un froid polaire s’était installé depuis plusieurs jours, il était déterminé à tenir la promesse faite à lui-même.

 

La préparation pour cette ultime sortie de l’année était un peu plus longue qu’à l’habitude : normal, avec un froid de -20 degrés sans le facteur vent, chaque morceau de vêtement devait le garder au chaud, au sec et à l’abri du vent.

 

Finalement, il décide d’enfiler une 2e paire de bas plus mince sous ses bas polaire ainsi qu’une tuque plus mince sous sa tuque polaire, histoire de le protéger un peu mieux de l’humidité dégagée par son corps qui aura vite fait de se transformer en glace.

 

Sa sortie à l’extérieur de la maison ressemble à celle d’un astronaute qui met le pied dehors dans le vide sidéral. Il éprouve une sensation de séparation face aux éléments extérieurs, lui qui d’habitude adopte une attitude minimaliste pour apprécier au maximum le relief et l’air ambiant. En même temps, ses poumons prennent plusieurs minutes à s’adapter à l’air froid. Il avait décidé de ne pas couvrir sa bouche avec un foulard, il n’était pas une mauviette quand même!

 

Les premières enjambées sont relativement plus courtes que d’habitude, c’est probablement à cause de la couche de vêtements supplémentaire qu’il porte. Ce n’est pas grave, il va s’adapter au fil des minutes. Le premier kilomètre est un peu plus laborieux, son corps se réveille à l’effort. Déjà après 15 minutes, il commence à retrouver l’allégresse habituelle qu’il aime tant.

 

Déjà 4 kilomètres de parcouru que sa montre lui indique par une légère vibration. Il est enfin dans « la zone », sur le pilote automatique. Ses pas sont réguliers et fluides. Aujourd’hui, il n’a aucun défi à remplir : pas de fartlek ou de tempo. Seulement une sortie pour le plaisir de courir.

 

Dans sa tête, il pense au chemin accompli depuis qu’il a commencé à courir. Dire qu’il y a quelques années, il traitait de fous, ceux qui sortaient courir à l’extérieur; le voilà maintenant qui fait partie de cette meute. À chaque réunion de famille, ses cousins/cousines, oncles et tantes lui demandent comment se déroule sa course, quelle est sa prochaine compétition, etc. Il répond toujours le plus franchement possible en insistant qu’il suffit de mettre un pied devant l’autre et de recommencer…

 

Enfin! Il croise un autre coureur. Non, c’est plutôt une coureuse. Elle est super emmitouflée avec une grosse tuque, des mitaines et un foulard qui la protège du vent. Contrairement à elle, son manteau est ouvert au ¾ pour laisser échapper la chaleur et son visage complet est à découvert. Il lui adresse son plus beau sourire avec un pouce levé en l’air pour la féliciter. C’est un de ses grands plaisirs : croiser d’autres coureurs et de s’encourager mutuellement.

Le voilà déjà à la fin de son petit périple. Il revient dans son quartier, passe devant les voisins et dépasse sa voiture stationnée dans l’entrée. Son réflexe habituel se met branle : arrêter le chrono de sa montre et continuer à trotter quelques mètres histoire de baisser son rythme cardiaque.

C’est fini. Autant prendre la décision de sortir dehors était difficile face au froid polaire, autant maintenant il se dit que ce n’était pas si pire. Il évite de rester trop longtemps dehors, car il sait bien que maintenant qu’il a arrêté de courir, toute sa sueur et humidité vont le transformer rapidement en petit glaçon.

Une fois la porte de la maison fermée, c’est maintenant la séquence de déshabillage qui commence : Tuque extérieure, tuque mince intérieure, mitaines coupe-vent, gants, veste coupe-vent, chandail technique #3 et #2, leggings #3 et #2 (eh oui, 3 couches). En enlevant sa tuque, il constate que ses sourcils et cils sont glacés : ça le fait sourire; cela lui rappelle la fois où un de ses verres de contacts avait gelé dans son œil en courant sur le bord du fleuve à LaSalle.

Une fois tous ses ‘morceaux de robots’ enlevés, il traverse vers le salon pour prendre un verre d’eau et se préparer un bon café chaud. Sa blonde est assise en train de lire un roman québécois recommandé par sa fille. Elle constate avec plaisir que son chum est heureux dans le moment présent.

 

Bonne année 2018.

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