Bromont Ultra 2017 – 2e partie : la course

Nous sommes à quelques semaines du Bromont Ultra.

Ma préparation se déroule bien sans trop d’anicroches. Seule une douleur à l’aine du côté droit persiste, mais supportable. À environ 5 semaines avant le grand jour, je reçois sur Facebook messenger un drôle de message « Bonjour, faites-vous le Bromont Ultra ? ».  Le message provient d’Édith Lalanne, directrice générale de la Fédération Québécoise de la maladie cœliaque. Elle me demande si je suis d’accord pour porter un chandail avec le logo de la Fondation pendant mes entraînements ainsi que le jour de la course. Bien humblement, j’accepte. Me voilà « ambassadeur » pour la première fois!

 

En pleine campagne de levée de fond!

 

 

J’ai porté ce chandail avant la compétition à quelques occasions et fait la promotion sur mon compte Instagram, qui a été repris par la suite pour le compte de la Fondation.

Sur l’un des sommets du mont St-Bruno

 

Avant le départ

En parcourant la liste des inscrits, je repère des noms que je connais bien sur Strava/Instagram mais que je n’ai jamais rencontrés en chair et en os dont notamment Marc-Antoine Bellavance et Steeve St-Onge. On verra bien si on va se côtoyer sur les sentiers ou s’ils me laisseront en arrière dans la poussière.

Autre surprise de dernière minute: le grand Pierre Lavoie va également courir le 55km. Oh boy, il va y avoir de l’action en avant du peloton!

Mon départ a lieu à 7h00, et j’arrive sur le site aux alentours de 6 heures. Il fait noir, l’atmosphère est calme, il y a un petit village de tentes pour les participants qui ont décidé de coucher sur place. J’apporte mon « drop bag » à la tente des organisateurs et je fais un petit tour du camp de base histoire de faire passer le trac.

 

La course

Le départ est donné selon l’horaire établi. Le champion de 2016, Eliott Cardin est à la première rangée, prêt à défendre son titre. Pierre Lavoie se tient également à proximité. J’aperçois également Sébastien Côté, fondateur de l’ultratrail Haricana ( http://harricana.info/ ) qui je crois agit comme reporteur du jour pour le magazine en ligne Distance Plus (http://distances.plus/ ). Au-dessus de nos têtes virevolte un drone qui filme notre départ et nous suis sur les premiers 200 mètres. On se sent vraiment comme des vedettes.

 

Le Directeur de course  nous avait prévenus, le premier 15km sera très difficile. En fait, on grimpe une bonne partie du dénivelé total de la course pendant ce segment. À peine quelques minutes après le départ, la pluie commence à tomber. Cette pluie va en s’intensifiant et transforme les sentiers en champs de boue où l’on cale jusqu’au mollet à certains endroits.

 

Je cours seul dans un petit groupe qui se suit à la queue leu leu. Le peloton s’étire au fil des kilomètres. Le premier point de ravitaillement (10e km) ne contient que de l’eau et est situé au bas de la montagne. Une table avec 2 gros réservoirs d’eau. Pas d’abris pour se cacher de la pluie non plus. Je prends une gorgée d’eau et c’est reparti.  Avec la pluie qui s’intensifie, les montées sont plus difficiles, il faut faire attention où mettre les pieds pour éviter de glisser. Les descentes quant à elles sont à se casser le cou à plusieurs endroits.  Quelques minutes plus tard, je rejoins Marc-Antoine, et nous nous suivons. Un jeune couple qui court avec des bâtons me dépasse dans les montées, mais je les rejoins et les dépasse dans les descentes : cool, mon entraînement en descente valait la peine! Nous arrivons à une montée où il faut s’agripper à une corde pour être sûr de ne pas tomber. Pas évident quand il pleut! La descente un peu plus loin me donne des sueurs froides, je tombe, glisse sur les fesses et arrive à éviter un arbre juste à temps. Le gars du couple qui court en bâton descend à son tour, tombe et fracasse un bâton. Heureusement il n’est pas blessé et il devra courir les prochains kilomètres avec un seul bâton.  Un peu plus loin, nous dépassons une fille qui est également tombée en même endroit. Elle a une bosse sur le genou de la grosseur d’une balle de golf : sa course se termine au prochain point de ravitaillement. Nous arrivons au 2e point de ravitaillement (16e Km) qui offre de la nourriture. Je remplis mon sac d’hydratation, prends quelques bouchées et repars en solo, laissant Marc-Antoine récupérer un peu plus longtemps.

Je pensais que les prochains kilomètres étaient pour être un peu plus « roulane », mais non! On passe à travers les terrains d’une érablière et ça monte toujours, quoique les sentiers sont un peu plus dégagés et moins dangereux. Les montées à un moment donné me donnent mal au cœur, et j’ai des petits étourdissements. La pluie arrête finalement. Je prends des pauses un peu plus souvent et j’arrive finalement sain et sauf au prochain point de ravitaillement solide : Chez Bob (32e km).

 

Une surprise m’attend chez Bob : il s’agit de Stewart (aka Stewthebassman sur Instagram) qui agit comme bénévole. J’échange souvent avec Steward en ligne : soit sur Instagram ou sur Strava et c’est la première fois que je le rencontre ‘in vivo’.  Il n’avait rien à faire ce week-end et avait décidé de venir prêter main-forte au point de ravitaillement. Il est attentionné, m’offre une chaise pour m’asseoir et on discute un peu. Juste le fait de discuter avec lui me remonte le moral et mon niveau d’énergie de façon significative. Je ne m’attarde pas trop, en étant sur le point de quitter, arrive Marc-Antoine. Il me semble mal en point suite à une blessure qui tarde à guérir. Je le laisse aux bons soins de Stewart et je m’élance pour le prochain segment.

 

Je retourne sur les sentiers de boues derrière deux gars, qui semblent être des amis et qui font la course ensemble. Ils prennent des précautions pour éviter de mettre les pieds sur dans la boue profonde. Je finis par les dépasser, moi qui n’hésite pas à courir en ligne droite, quitte à caler dans la boue jusqu’au mollet. C’est là que j’apprécie mes chaussures Salomon S-Lab Sense Ultra qui sont ventilées au niveau de la semelle et permettent à l’eau de s’échapper : ceci évite le ‘flouche flouche’ des souliers pleins d’eau. Après 2-3 kilomètres, je débouche sur une route de campagne et les prochains 7-8 kilomètres seront majoritairement sur ces routes de gravier qui longent des fermes tout ce qui a de plus bucolique. Il y a des côtes relativement faciles et je suis en mesure de courir sur le plat et dans les descentes. Je joue au chat et à la souris avec les deux gars pendant un bout de temps. Finalement ils décident de se séparer et le plus fort des deux me dépasse et continue au loin tandis que son ami reste en arrière et se met à la marche pour reprendre des forces.

 

J’arrive près d’un petit lac tranquille et où il y a une station de boîtes postales. Sur un banc se repose un gars qui a l’air d’en avoir assez. A mon arrivée, il se lève et je l’accompagne jusqu’au prochain point de ravitaillement (41e km) en eau environ 2km plus loin. Je reconnais le gars, il s’agit de Steeve. Il semble également souffrir d’une blessure et il considère plus sage d’arrêter la course. Une fois au point de ravitaillement, il me confirme qu’il appelle sa blonde et qu’il est en mesure de se rendre au camp de base.

 

Le prochain segment retourne dans les montagnes, d’abord graduellement, puis ensuite pas mal plus raide. Le tournis et mal de cœur me reprend dans les montées. Je monte un pas à la fois, la tête me tourne, je prends une pause à tous les 5 pas. Je dépasse un gars qui avance tant bien que mal, il me confirme que tout va bien. Ensuite un autre coureur, assis sur une roche, l’air hagard. Il ne semble pas être blessé, seulement à bout d’énergie. Je continue mon chemin. Dans ma tête, je fais quelques calculs. Il me semble que je dois être arrivé au prochain point de contrôle avant 15h30, sinon c’est la coupure. Par contre, je suis un peu confus il me semble bien que j’aie dépassé cette heure limite, il y a plus de 60 minutes… Plus j’avance et je commence à me dire que c’est assez. J’ai dépassé l’heure limite. Le prochain point de ravitaillement sera mon dernier arrêt.

 

J’arrive au prochain point de ravitaillement avec nourriture (46e km), l’avant-dernier avant le fil d’arrivée. J’annonce que c’est fini, je suis prêt à abandonner. Une des bénévoles me confirme qu’avec les conditions exécrables de la journée, le Directeur de course a décidé de laisser passer les coureurs pendant encore 1 heure ou 2. J’ai donc le droit de continuer. Ce point de ravitaillement se situe au bas d’une pente de ski qui me semble immense. Je vois les coureurs qui sont au ¾ de la montée et ils me semblent tout petits. Après cette pente, je sais qu’il y en a d’autres avant un dernier point de ravitaillement en eau et finalement la ligne d’arrivée. Je sais que je n’ai qu’environ 10km à faire pour boucler la course et avoir la fierté d’être un « finisher ». Par contre, je me dis que je voulais terminer la course de façon « standard », à l’intérieur des temps impartis. Je maintiens ma décision et je déclare que « j’en ai eu en masse pour mon argent ». Une voiture me ramène au camp de base où je peux voir les coureurs des différentes distances traverser le fil d’arrivée.

Après avoir fait la paix avec moi-même suite à ma décision d’abandonner

L’après-course

Première priorité : prendre une douche. J’en profite pour féliciter Pierre Lavoie en passant, qui a terminé 3e. Impressionnant pour un premier ultra. Faut dire que Pierre a longtemps été un triathlète professionnel et qu’il continue à s’entraîner.

 

Une fois la douche prise, ma deuxième priorité est de me nourrir. Cette course vient de me donner un nouvel enseignement : porter plus d’attention à m’alimenter tout au long de la course. C’est je crois, l’élément #1 responsable de mon abandon. J’avais bien apporté des gels et des barres Cliff mais je me rends compte que les barres Cliff c’est bien pour une randonnée pédestre mais pas en courant – c’est beaucoup trop sec et difficile à manger. Pour ce qui concerne les gels, je crois bien avoir oublié d’en prendre régulièrement car j’en avais mis dans mon « drop bag » et j’ai complètement oublié de les apporter avec moi.

 

On peut se sentir un peu ‘loser’ d’abandonner si près (tout est relatif) du but. Pas pour moi. Ce n’est pas la fin du monde de ne pas compléter un ultra. Cela fait partie de la game et c’est même très formateur.

Cela me rappelle une anecdote du monde du travail : c’était un employé d’une très grosse firme informatique qui à cause d’une erreur de programmation avait fait perdre une centaine de millier de dollars à son employeur. Convoqué au bureau du vice-président, l’employé était convaincu que c’était la fin de sa carrière dans cette compagnie. Une fois dans le bureau, l’employé avoue son erreur et se dit prêt à vider son bureau séance tenante. Le Vice-président lui réplique : ‘il n’est pas question que vous quittiez la compagnie, nous venons d’investir une centaine de milliers de dollars dans votre formation! Une seule chose cependant, ne répétez pas cette erreur ».

Un DNF, cela fait partie de la trousse d’apprentissage d’un  ultramarathonien.

L’important est de garder le moral et de continuer à courir.

 

Publicités

Une réflexion sur “Bromont Ultra 2017 – 2e partie : la course

  1. I never read the second part! Sorry, I didn’t make you get your gels out of the bag!! The morning sounds horrible, now I see why you and Marc were so discouraged. I hate mud!! Beautifully written as usual.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s